Poèmes Mahmoud Darwich

Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /2009 04:42

Renaissance

 Depuis que j'ai échappé à la mort en 1998 à la suite d'une opération du cœur, je sens que je rajeunis: je suis né une deuxième fois. Auparavant, j'étais obsédé dans mes poèmes par la mort. J'avais oublié de célébrer la vie et la beauté. Le paradoxe aujourd'hui, c'est que j'écris sur la beauté dans un pays où elle a été mutilée, saccagée, et où l'on vit en deçà de la vie. Je tente de compenser ce manque par la beauté que je chante dans mes poèmes. Comme un poète qui recommencerait de zéro, je m'attache à décrire la forme d'un nuage ou d'un cyprès, la fleur d'un amandier. Je me suis placé sous la protection des maîtres de la poésie arabe, mais uniquement des maîtres joyeux. Oui, j'écris en état de joie. Pas pour survivre, simplement pour vivre. Les lecteurs palestiniens qui vivent dans des conditions dramatiques ont accueilli magnifiquement ces poèmes. Lors d'une soirée de lecture à Ramallah, ils ne me réclamaient que des poèmes d'amour. Des femmes se sont mises à danser. Tous voulaient dire que l'occupation n'a pas écrasé leur humanité.

 

La poésie en Palestine est un combat pour «désoccuper» la langue. On me reproche parfois de ne plus être un poète de la résistance, un militant. Mais la vraie défaite serait que notre langue même soit vaincue par l'occupation. L'occupant s'attend à ce que nous ne parlions que de notre souffrance. Etre palestinien, ce n'est pas une profession, c'est aussi affirmer qu'un être humain, même dans le malheur, peut aimer l'aube et les amandiers en fleur. Ecrire un poème d'amour sous l'occupation est une forme de résistance. Le rôle de la poésie, c'est aussi de rendre les choses obscures pour qu'elles donnent de la lumière. Elle rend l'invisible visible et le visible invisible. La poésie est l'art du clair-obscur. Une lumière trop crue, trop violente efface tout.

 

L'espoir est la maladie incurable des Palestiniens. Notre fardeau. Je refuse l'esprit de défaite et m'accroche à l'espoir fou que la vie, l'histoire, la justice ont encore un sens. J'ai choisi d'être malade d'espoir. La poésie est fragile. C'est ce qui en fait sa puissance. Si elle tentait d'affronter les tanks, elle serait écrasée. La poésie a la fragilité de l'herbe. L'herbe paraît si vulnérable, mais il suffit d'un peu d'eau et d'un rayon de soleil pour qu'elle repousse.

 

Propos recueillis par Gilles Anquetil



Par Samia Nasr - Publié dans : Poèmes Mahmoud Darwich - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /2009 22:04

Exils

 

En 1981, en exil à Beyrouth, j'ai créé la revue «Al-Karmel», à la fois ouverte sur la littérature et la poésie palestiniennes et les littératures du monde. On m'a bien sûr reproché de ne pas uniquement célébrer la littérature de mon peuple. Chaque fois, je réponds que toute littérature qui défend une cause noble et juste tout en renouvelant la forme enrichit la littérature palestinienne. La Palestine a pour moi un sens beaucoup plus large que les Palestiniens veulent bien lui accorder: un sens universel. Aujourd'hui, la revue est installée à Ramallah et à Amman. Nous nous intéressons de plus en plus à ce qui se passe sur le plan culturel et intellectuel en Israël. Débattre avec l'autre, le connaître, c'est la ligne de la revue.

 

J'ai consacré quelques poèmes à des villes de mon exil: Beyrouth, Damas, Tunis. Le thème central de ce recueil, c'est le retour au pays, en Palestine. Je médite sur deux notions: le chemin et la maison. Avant mon retour, je pensais que la maison était plus belle, plus désirable que le chemin. Aujourd'hui, je trouve que le chemin est plus beau que la maison. Dans ce voyage de l'exil, j'ai salué les villes qui m'ont accueilli et m'ont marqué.


Propos recueillis par Gilles Anquetil
Par Samia Nasr - Publié dans : Poèmes Mahmoud Darwich - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /2009 21:48

«Je suis malade d'espoir», par Mahmoud Darwich »

 

Le grand poète, de retour en Palestine, y parle de la folie des intégrismes, des armes de la littérature et de la paix.

Intégrismes

 

Surtout au Moyen-Orient, surtout en Palestine, le poète doit être celui qui doute dans un monde chauffé à blanc de certitudes religieuses. Un vent de folie collective souffle sur ma région, l'affaire des caricatures en est un exemple désespérant. On assiste à la lutte entre deux intégrismes, deux fondamentalismes rivaux, l'un américain, l'autre islamiste. En tant que poète, suis-je condamné à m'exiler dans une petite chambre pour tenter, plume à la main, d'humaniser le monde? La poésie est par définition ouverture et affirmation de la diversité des identités. Elle est la voix qui rassemble les êtres humains. Mais aujourd'hui les communautés ne sont agitées que par des passions absurdes et irrationnelles. J'ai peur que la trop fameuse «guerre des civilisations» ne soit bien en train d'avoir lieu. Mais ses protagonistes en sont les intégristes de chaque camp. L'hégémonie américaine sur le monde, dans sa forme fondamentaliste, entraîne les pauvres et les dominés dans une opposition violente et aveugle, comme si la recherche d'une certaine justice - il n'y a pas de justice absolue - n'avait aujourd'hui plus de sens. C'est la défaite générale de l'intelligence, le triomphe de la bêtise outrancière, l'adieu à la raison. Oui, la folie est générale. Le discours de haine est beaucoup plus facile à proférer parce qu'il ne flatte que les instincts. Les opprimés en arrivent à croire qu'ils ne s'en sortiront qu'en s'abandonnant à l'hystérie. La haine est une maladie qui se nourrit de l'obsession de l'ennemi. Le rôle de la poésie, disait Char, est aussi de transformer son ennemi en adversaire. Aujourd'hui, on ne cherche, on ne relève dans l'autre camp que les outrances, les caricatures de l'autre. Dans ce monde bipolaire, il n'y a plus de place pour la paix. Quand un dirigeant islamiste de troisième ordre profère des menaces, elles sont immédiatement relayées par la Maison-Blanche.  Comme si Bush et Ben Laden entretenaient un étrange dialogue à distance et se considéraient comme les seuls interlocuteurs valables. Avec le même discours : celui qui n'est pas avec nous est contre nous.


Par Mahmoud DARWICH

Propos recueillis par Gilles Anquetil



Par Samia Nasr - Publié dans : Poèmes Mahmoud Darwich - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /2009 21:36

NOUS SORTIRONS


 Nous sortirons.

Nous l’avons dit :

 Nous sortirons.

Nous vous l’avons dit :

 Nous sortirons un peu de nous-mêmes.

Nous sortirons de nous-mêmes

Vers une marge blanche, méditer le sens de l’entrée et de la sortie.

 

Nous sortirons d’ici peu.

Notre père qui était en nous est rentré chez sa mère, le Verbe.

 Nous avons dit :

 Nous sortirons.

 

Etrennez une foulée en d’un sang qui a débordé de nous

Et inondé vos canons.

 Arrêtez, cinq minutes, ces avions en piqué.

 Interrompez, trois minutes encore, le bombardement par terre et par mer,

Que sortent ceux qui sortent et entrent ceux qui entrent...

 

 Nous sortirons.

Nous avons dit :

 Nous sortirons.

 Laissez donc une petite place pour les derniers adieux.

 Que la paix soit sur nous, que la paix soit sur nous.

Nous rangerons nos membres dans les valises.

 Arrêtez donc cinq minutes ce bombardement,

Que les belles élégantes lavent leurs seins des baisers passés.

 

 

Nous sortirons.

Nous avons dit :

 Nous sortirons un peu de nous-mêmes.

Nous sortirons de nous-mêmes.

Au bord de la mer, nous avons jeté les rivages de nos corps et nous nous sommes brisés

Comme une tempête de palmiers, lorsque nous vous avons vaincus et remporté la victoire sur nous-mêmes,

Ajouté aux rues une ombre qui accorde la ville et son sens,

Qui invoque le Père et le Fils et l’Esprit, où que nous migrions et aussi loin que nous partions.


 

Nous sortirons.

 Nous avons dit :

 Nous sortirons.

Entrez donc, sept nuits brèves seulement, dans la nouvelle Jéricho.

Vous n’y trouverez pas une fillette à qui voler la natte, ou un garçonnet à qui voler les papillons.

Vous ne trouverez pas un mur sur lequel placarder vos ordres qui proscrivent le lilas de Chine et nous proscrivent.

 Vous ne trouverez pas un cadavre sur lequel graver les psaumes de votre périple dans les fables.

Vous ne trouverez pas un balcon qui donne sur la Méditerranée en nous.

Vous ne trouverez pas une rue pour y monter la garde.

Et vous ne trouverez pas traces de vous et ne trouverez pas traces de nous.

Nous sommes sortis peu avant la sortie.

Ne faites pas de signe de victoire au-dessus des cadavres.

 

Ici nous sommes.

 Là-bas nous sommes.

Et nous ne sommes ni là-bas, ni là.

Ici nous sommes, sous les éléments et sommes un sang tapi dans l’air que vous égorgez.

 

 

Nous sortirons.

Nous l’avons dit :

 Nous sortirons.

Bombardez notre ombre...

 Notre ombre

 Menez-la captive à sa mère, la terre, ou suspendez-la aux châtaigniers.

 Vous êtes où nous ne sommes pas !

Entrez dans votre illusion et labourez notre illusion.

 

 Nous sortirons

Nous avons dit :

Nous sortirons du commencement de la mer,

 Dans un tué, cinq blessés et cinq minutes,

Après la chute des communautés dans le vacarme de l’affrontement du fer et du clan.

Nous sortirons de chaque maison qui nous a vu détruire un char sur nous-mêmes, ou dans son voisinage.

Nous sortirons de chaque mètre et de chaque journée, ainsi que les bédouins sortent de nous.

 

 

Nous sortirons.

Nous avons dit :

Nous sortirons un peu de nous-mêmes, vers nous.

 Nous sortirons de nous-mêmes

 Vers la parcelle de mer blanche, bleue.

 Nous étions là-bas et là.

L’absence métallique signale notre présence.

 

Beyrouth était là-bas

Et là.

 Et nous étions sur la parcelle de terre ferme, une horloge et une journée d’œillets.

Adieu à ceux qui, peut-être, de notre temps, viendront silencieux

 t de notre sang, viendront debout pour que nous entrions.

 

 

Nous sortirons.

 Nous avons dit :

 Nous sortirons lorsque nous rentrerons.

Par Samia Nasr - Publié dans : Poèmes Mahmoud Darwich - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /2009 21:25


La terre nous est étroite

 

La terre nous est étroite. Elle nous accule dans le dernier défilé et nous nous dévêtons de nos membres pour passer.

 

Et la terre nous pressure. Que ne sommes-nous son blé, pour mourir et ressusciter. Que n'est-elle notre mère

 

Pour compatir avec nous. Que ne sommes-nous les images des rochers que notre rêve portera,

 

Miroirs. Nous avons vu les visages de ceux que le dernier parmi nous tuera dans la dernière défense de l'âme.

 

Nous avons pleuré la fête de leurs enfants et nous avons les visages de ceux qui précipiteront nos enfants

 

Par les fenêtres de cet espace dernier, miroirs polis par notre étoile.

 

Où irons-nous, après l'ultime frontière? Où partent les oiseaux, après le dernier

 

Ciel? Où s'endorment les plantes, après le dernier vent? Nous écrirons nos noms avec la vapeur

 

Carmine, nous trancherons la main au chant afin que notre chair le complète.

 

Ici, nous mourrons. Ici, dans le dernier défilé. Ici ou ici, et un olivier montera de Notre sang.


Par Samia Nasr - Publié dans : Poèmes Mahmoud Darwich - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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  • : Fathia Nasr
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  • : J'aime l'art sous toutes ses formes, littérature, peinture, 7ème art, théâtre, sculpture, photographie, les voyages. Je déteste la lâcheté, les faux amis et la bassesse. Mes mots clef sont: "Passion et Amitié".

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La passion des fleurs


La passion des fleurs

Créée le 21/05/09 par samiayann

L’île des fleurs

Sur l’île des fleurs,

Tout éveille nos sens,
Emplit nos têtes de couleurs,
Invitant nos corps à la danse,


Un oasis de fleurs,
De belles corolles épanouies,
Exhalant les senteurs,
Ravissant nos jours et nuits,

Soyez bienvenues mes amis
Dans l’île des belles déesses,
Soyez aimés et bénis
Par les lumineuses intelligences !
 


©Samia Nasr


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