Peintures et poèmes célèbres

Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /2010 02:54

Saint-Michel-terrassant-Satan-vu-par-Raphael.jpg

Paul Verlaine — Poèmes saturniens (1866)

Cauchemar

J'ai vu passer dans mon rêve

–- Tel l'ouragan sur la grève, –-

D'une main tenant un glaive

Et de l'autre un sablier,

Ce cavalier

 

Des ballades d'Allemagne

Qu'à travers ville et campagne,

Et du fleuve à la montagne,

Et des forêts au vallon,

Un étalon

 

Rouge-flamme et noir d'ébène,

Sans bride, ni mors, ni rêne,

Ni hop ! ni cravache, entraîne

Parmi des râlements sourds

Toujours ! toujours !

 

Un grand feutre à longue plume

Ombrait son oeil qui s'allume

Et s'éteint. Tel, dans la brume,

Éclate et meurt l'éclair bleu

D'une arme à feu.

 

Comme l'aile d'une orfraie

Qu'un subit orage effraie,

Par l'air que la neige raie,

Son manteau se soulevant

Claquait au vent,

 

Et montrait d'un air de gloire

Un torse d'ombre et d'ivoire,

Tandis que dans la nuit noire

Luisaient en des cris stridents

Trente-deux dents.

Saint-Michel-et-le-diable.jpgThéophile Gautier — Premières Poésies

 

Cauchemar

 

Bizoy quen ne consquaff a maru garu ne marnaff.

Jamais je ne dors que je ne meurs de mort amère.

Ancien proverbe breton.

 

Les goules de l’abyme,

Attendant leur victime,

          Ont faim :

Leur ongle ardent s’allonge,

Leur dent en espoir ronge

          Ton sein.

 

Avec ses nerfs rompus, une main écorchée,

Qui marche sans le corps dont elle est arrachée,

Crispe ses doigts crochus armés d’ongles de fer

Pour me saisir ; des feux pareils aux feux d’enfer

Se croisent devant moi ; dans l’ombre, des yeux fauves

Rayonnent ; des vautours, à cous rouges et chauves,

Battent mon front de l’aile en poussant des cris sourds ;

En vain pour me sauver je lève mes pieds lourds,

Des flots de plomb fondu subitement les baignent,

À des pointes d’acier ils se heurtent et saignent,

Meurtris et disloqués ; et mon dos cependant,

Ruisselant de sueur, frissonne au souffle ardent

De naseaux enflammés, de gueules haletantes :

Les voilà, les voilà ! dans mes chairs palpitantes

Je sens des becs d’oiseaux avides se plonger,

Fouiller profondément, jusqu’aux os me ronger,

 

Et puis des dents de loups et de serpents qui mordent

Comme une scie aiguë, et des pinces qui tordent ;

Ensuite le sol manque à mes pas chancelants :

Un gouffre me reçoit ; sur des rochers brûlants,

Sur des pics anguleux que la lune reflète,

Tremblant, je roule, roule, et j’arrive squelette.

Dans un marais de sang ; bientôt, spectres hideux,

Des morts au teint bleuâtre en sortent deux à deux,

Et, se penchant vers moi, m’apprennent les mystères

Que le trépas révèle aux pâles feudataires

De son empire ; alors, étrange enchantement,

Ce qui fut moi s’envole, et passe lentement

À travers un brouillard couvrant les flèches grêles

D’une église gothique aux moresques dentelles.

Déchirant une proie enlevée au tombeau,

En me voyant venir, tout joyeux, un corbeau

Croasse, et, s’envolant aux steppes de l’Ukraine,

Par un pouvoir magique à sa suite m’entraîne,

Et j’aperçois bientôt, non loin d’un vieux manoir,

À l’angle d’un taillis, surgir un gibet noir

Soutenant un pendu ; d’effroyables sorcières

Dansent autour, et moi, de fureurs carnassières

Agité, je ressens un immense désir

De broyer sous mes dents sa chair, et de saisir,

Avec quelque lambeau de sa peau bleue et verte,

Son cœur demi-pourri dans sa poitrine ouverte.

Satan-vu-par-Gustave-Dore.jpg Victor Hugo — Odes et Ballades

 

Le Cauchemar

 

 

    Sur mon sein haletant, sur ma tête inclinée,

    Ecoute, cette nuit il est venu s'asseoir ;

    Posant sa main de plomb sur mon âme enchaînée,

    Dans l'ombre il la montrait, comme une fleur fanée,

 

        Aux spectres qui naissent le soir.

 

    Ce monstre aux éléments prend vingt formes nouvelles :

    Tantôt d'une eau dormante il lève son front bleu ;

    Tantôt son rire éclate en rouges étincelles ;

    Deux éclairs sont ses yeux, deux flammes sont ses ailes ;

 

        Il vole sur un lac de feu !

 

    Comme d'impurs miroirs des ténèbres mouvantes

    Répètent son image en cercle autour de lui ;

    Son front confus se perd dans des vapeurs vivantes ;

    Il remplit le sommeil de vagues épouvantes,

 

        Et laisse à l'âme un long ennui.

 

    Vierge ! ton doux repos n'a point de noir mensonge.

    La nuit d'un pas léger court sur ton front vermeil.

    Jamais jusqu'à ton cœur un rêve affreux ne plonge ;

    Et quand ton âme au ciel s'envole dans un songe,

 

        Un ange garde ton sommeil.

          avril 1822

Par Fathia Nasr - Publié dans : Peintures et poèmes célèbres - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /2009 22:12

9.elfe

Le Quinze Décembre

Théophile Gautier

 

Par l'ennui chassé de ma chambre,

J'errais le long du boulevard :

Il faisait un temps de décembre,

Vend froid, fine pluie et brouillard;

 

Et là je vis, spectacle étrange,

Échappés du sombre séjour,

Sous la bruine et dans la fange,

Passer des spectres en plein jour.

 

Pourtant c'est la nuit que les ombres,

Par un clair de lune allemand,

Dans les vieilles tours en décombres,

Reviennent ordinairement;

 

C'est la nuit que les elfes sortent

Avec leur robe humide au bord,

Et sous les nénuphars emportent

Leur valseur de fatigue mort;

 

C'est la nuit qu'a lieu la revue

Dans la ballade de Sedlitz,

Où l'Empereur, ombre entrevue,

Compte les ombres d'Austerlitz.

 

Mais des spectres près du Gymnase,

A deux pas des Variétés,

Sans brume ou linceul qui les gaze,

Des spectres mouillés et crottés !

 

Avec ses dents jaunes de tartre,

Son crâne de mousse verdi,

A Paris, boulevard Montmartre,

Mob se montrant en plein midi!

 

La chose vaut qu'on la regarde;

Vrais fantômes de vieux grognards,

En uniforme de l'ex-garde,

Avec deux ombres de hussards!

 

On eût dit la lithographie

Où, dessinés par un rayon,

Les morts que Raffet déifie

Passent, criant : Napoléon !

 

Ce n'étaient pas les morts qu'éveille

Le son du nocturne tambour,

Mais bien quelques vieux de la vieille

Qui célébraient le grand retour.

 

Depuis la suprême bataille,

L'un a maigri, l'autre a grossi;

L'habit jadis fait à leur taille

Est trop grand ou trop rétréci.

 

Nobles lambeaux, défroque épique,

Saints haillons qu'étoile une croix,

Dans leur ridicule héroïque,

Plus beaux que des manteaux de rois !

 

Un plumet énervé palpite

Sur leur kolbach fauve et pelé;

Près des trous de balle, la mite

A rongé leur dolman criblé.

 

Leur culotte de peau trop large

Fait mille plis sur leur fémur;

Leur sabre rouillé, lourde charge,

Embarrasse leur pied peu sûr;

 

Ou bien un embonpoint grotesque,

Avec grand'peine boutonné,

Fait un poussah dont on rit presque

Du vieux héros tout chevronné.

 

Ne les raillez pas, camarade;

Saluez plutôt chapeau bas

Ces Achilles d'une Iliade

Qu'Homère n'inventerait pas.

 

Respectez leur tête chenue!

Sur leur front par vingt cieux bronzé,

La cicatrice continue

Le sillon que l'âge a creusé.

 

Leur peau bizarrement noircie

Dit l'Égypte aux soleils brûlants,

Et les neiges de la Russie

Poudrent encor leurs cheveux blancs.

 

Si leurs mains tremblent, c'est sans doute

Du froid de la Bérésina;

Et s'ils boitent, c'est que la route

Est longue du Caire à Wilna.

 

S'ils sont perclus, c'est qu'à la guerre

Les drapeaux étaient leurs seuls draps;

Et si leur manche ne va guère,

C'est qu'un boulet a pris leur bras.

 

Ne nous moquons pas de ces hommes

Qu'en riant le gamin poursuit;

Ils furent le jour dont nous sommes

Le soir et peut-être la nuit.

 

Quand on oublie, ils se souviennent!

Lancier rouge et grenadier bleu,

Au pied de la colonne, ils viennent

Comme à l'autel de leur seul dieu.

 

Là, fiers de leur longue souffrance,

Reconnaissants des maux subis,

Ils sentent le cœur de la France

Battre sous leurs pauvres habits.

 

Aussi les pleurs trempent le rire

En voyant ce saint carnaval,

Cette mascarade d'empire

Passer comme un matin de bal,

 

Et l'aigle de la grande armée

Dans le ciel qu'emplit son essor,

Du fond d'une gloire enflammée,

Étend sur eux ses ailes d'or!

 

THEOPHILE GAUTIER.

Par Fathia Nasr - Publié dans : Peintures et poèmes célèbres
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Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /2009 22:14

Angsalvor-Nils_Blommer_1850.jpg

Ängsälvor « elfes de la prairie », 1850, peinture de Nils Blommér.

Les elfes

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

Du sentier des bois aux daims familier,

Sur un noir cheval, sort un chevalier.

Son éperon d'or brille en la nuit brune ;

Et, quand il traverse un ravon de lune,

On voit resplendir, d'un reflet changeant,

Sur sa chevelure un casque d'argent.

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

Ils l'entourent tous d'un essaim léger

Qui dans l'air muet semble voltiger.

- Hardi chevalier, par la nuit sereine,

Où vas-tu si tard ? dit la jeune Reine.

De mauvais esprits hantent les forêts

Viens danser plutôt sur les gazons frais.

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

- Non ! ma fiancée aux yeux clairs et doux

M'attend, et demain nous serons époux.

Laissez-moi passer, Elfes des prairies,

Qui foulez en rond les mousses fleuries ;

Ne m'attardez pas loin de mon amour,

Car voici déjà les lueurs du jour.

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

- Reste, chevalier. Je te donnerai

L'opale magique et l'anneau doré,

Et, ce qui vaut mieux que gloire et fortune,

Ma robe filée au clair de la lune.

- Non ! dit-il. - Va donc ! - Et de son doigt blanc

Elle touche au coeur le guerrier tremblant.

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

Et sous l'éperon le noir cheval part.

Il court, il bondit et va sans retard ;

Mais le chevalier frissonne et se penche ;

Il voit sur la route une forme blanche

Qui marche sans bruit et lui tend les bras :

- Elfe, esprit, démon, ne m'arrête pas !

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

Ne m'arrête pas, fantôme odieux !

Je vais épouser ma belle aux doux yeux.

- Ô mon cher époux, la tombe éternelle

Sera notre lit de noce, dit-elle.

Je suis morte ! - Et lui, la voyant ainsi,

D'angoisse et d'amour tombe mort aussi.

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Charles-Marie LECONTE DE LISLE   (1818-1894)
Par Fathia Nasr - Publié dans : Peintures et poèmes célèbres - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /2009 00:27

 

  La Charmeuse de serpents du Douanier Rousseau

Henri Rousseau (1844-1910) était un employé d’octroi. De là vient le nom sous lequel il est connu : le douanier Rousseau.

Il a peint avec une naïveté où se mêlent au jeu de l’imagination, ses souvenirs du Mexique, des paysages de rêve rigides et hallucinants.

La «  CHARMEUSE DE SERPENT, une de ses toiles les plus célèbres, suggère la végétation luxuriante des jardins tropicaux qu’a visités Francis de Croisset, ces jardins « inquiétants, effrayants, avec leurs fleurs agrandies de cauchemar », où vit et où bruit tout un monde d’insectes. C’est la même atmosphère, morne et étrange, créée par le mystère d’un monde inconnu et maléfique qui se dégage de la toile du peintre et de la description que vous lirez dans JARDINS DES TROPIQUES:

JARDINS DES TROPIQUES

 

Francis de Croisset (1877-137) a rapporté d’un voyage dans l’Inde une suite de récits. La Féerie cinghalaise (les Cinghalais sont les habitants de l’île de Ceylan) dont le titre annonce les impressions de l’auteur : la nature étrange de ce pays ne déçoit pas celui qui l’aborde en ayant dans l’esprit les visions des Milles et une Nuits.

 

Jardins inquiétants à l’égal des jungles. Jardins exquis, mais combien effrayants, avec leur féroce douceur. Ils sont sauvages et ratissés et d’une violence hypocrite. Ils ont une grâce de tigre à qui l’on aurait mis des faveurs.

Mais surtout, avec leurs fleurs agrandis de cauchemar et leurs orchestres d’insectes, ils sont quelque chose d’enchanté.

Entrons-y. l’on songe aussitôt à des féeries persanes ou à nos vieux contes de Perrault. Quels nains jardiniers ont, sur ces pourpres allées, semé cette poussière de corail ?

C’est eux qui, à trois mètres au-dessus de nos têtes, ont inventé ces voûtes d’orchidées et soufflé dans chacune d’elles pour la faire grossir comme une cloche. Eux qui ont fait pousser ces camélias à la chimérique, le château ventru de l’Ogre.

Dans l’ombre lumineuse de ces avenues charmées, des colibris font tournoyer des ballets de pierres précieuses. Mais leurs ronde, sans doute est-elle moins joyeuse qu’ensorcelée ? Et si, agitant leurs ailes d’émeraude, ces perruches jacassent et jacassent sur un bosquet de giroflées, c’est qu’elles sont de malheureuses princesses qui essaient de se raconter.

Mais elles ont beau, gonflant leurs petites gorges miroitantes, se plaindre, pépier et crier, dans ces jardins maléfiques, l’on n’écoute jamais les oiseaux ! L’on n’entend que les insectes.

Ils sont là par milliers, par myriades, avec leur jazz diabolique.

Ils font grincer chaque branche et scient chaque tronc. Ils cognent sur des enclumes avec leurs terribles marteaux, et changent le jardin en chantier. Ils partent en pétards sur vos têtes, et vrombissent en toupies sous vos pieds. Ils déchaînent un sabbat de crécelles et fon éclater dans l’air serein des orages de tambours. Ils crépitent, crissent, cornent, cassent, cliquettent, raclent, tapent, clouent, sonnent et tonnent dans un si redoutable vacarme qu’en dépit d’un tympan perforé l’on n’en peut croire ses oreilles. Et ces musiciens ahurissants que l’ont entend partout, on ne les aperçoit nulle part.

 

Par Fathia Nasr - Publié dans : Peintures et poèmes célèbres - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /2009 07:01

La Chanson du MAL-AIMÉ

LEO FERRE

 

Les fleurs de ma vie étaient roses blanches

Je les ai données à tous mes amis

Pour les effeuiller entre quatre planches

J'aurais bien mieux fait d'en fleurir ma vie

J'avais des habits taillés aux nuages

J'avais des cheveux comme des drapeaux

Et flottait au vent ma crinière sage

Lors j'ai tout perdu restait que la peau

 

Je m'en suis allé sous dix pieds d'argile

Coincé nez à nez par un ciel de bois

Et disant mes vers à mes vers dociles

Qui m'auront rimé autrement que moi

 

(La Chanson Triste)
Par Samia Nasr - Publié dans : Peintures et poèmes célèbres - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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  • : Culture Littérature Poésie
  • : J'aime l'art sous toutes ses formes, littérature, peinture, 7ème art, théâtre, sculpture, photographie, les voyages. Je déteste la lâcheté, les faux amis et la bassesse. Mes mots clef sont: "Passion et Amitié".

Présentation

La passion des fleurs


La passion des fleurs

Créée le 21/05/09 par samiayann

L’île des fleurs

Sur l’île des fleurs,

Tout éveille nos sens,
Emplit nos têtes de couleurs,
Invitant nos corps à la danse,


Un oasis de fleurs,
De belles corolles épanouies,
Exhalant les senteurs,
Ravissant nos jours et nuits,

Soyez bienvenues mes amis
Dans l’île des belles déesses,
Soyez aimés et bénis
Par les lumineuses intelligences !
 


©Samia Nasr


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