Peintures et poèmes célèbres

Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /2009 22:12

9.elfe

Le Quinze Décembre

Théophile Gautier

 

Par l'ennui chassé de ma chambre,

J'errais le long du boulevard :

Il faisait un temps de décembre,

Vend froid, fine pluie et brouillard;

 

Et là je vis, spectacle étrange,

Échappés du sombre séjour,

Sous la bruine et dans la fange,

Passer des spectres en plein jour.

 

Pourtant c'est la nuit que les ombres,

Par un clair de lune allemand,

Dans les vieilles tours en décombres,

Reviennent ordinairement;

 

C'est la nuit que les elfes sortent

Avec leur robe humide au bord,

Et sous les nénuphars emportent

Leur valseur de fatigue mort;

 

C'est la nuit qu'a lieu la revue

Dans la ballade de Sedlitz,

Où l'Empereur, ombre entrevue,

Compte les ombres d'Austerlitz.

 

Mais des spectres près du Gymnase,

A deux pas des Variétés,

Sans brume ou linceul qui les gaze,

Des spectres mouillés et crottés !

 

Avec ses dents jaunes de tartre,

Son crâne de mousse verdi,

A Paris, boulevard Montmartre,

Mob se montrant en plein midi!

 

La chose vaut qu'on la regarde;

Vrais fantômes de vieux grognards,

En uniforme de l'ex-garde,

Avec deux ombres de hussards!

 

On eût dit la lithographie

Où, dessinés par un rayon,

Les morts que Raffet déifie

Passent, criant : Napoléon !

 

Ce n'étaient pas les morts qu'éveille

Le son du nocturne tambour,

Mais bien quelques vieux de la vieille

Qui célébraient le grand retour.

 

Depuis la suprême bataille,

L'un a maigri, l'autre a grossi;

L'habit jadis fait à leur taille

Est trop grand ou trop rétréci.

 

Nobles lambeaux, défroque épique,

Saints haillons qu'étoile une croix,

Dans leur ridicule héroïque,

Plus beaux que des manteaux de rois !

 

Un plumet énervé palpite

Sur leur kolbach fauve et pelé;

Près des trous de balle, la mite

A rongé leur dolman criblé.

 

Leur culotte de peau trop large

Fait mille plis sur leur fémur;

Leur sabre rouillé, lourde charge,

Embarrasse leur pied peu sûr;

 

Ou bien un embonpoint grotesque,

Avec grand'peine boutonné,

Fait un poussah dont on rit presque

Du vieux héros tout chevronné.

 

Ne les raillez pas, camarade;

Saluez plutôt chapeau bas

Ces Achilles d'une Iliade

Qu'Homère n'inventerait pas.

 

Respectez leur tête chenue!

Sur leur front par vingt cieux bronzé,

La cicatrice continue

Le sillon que l'âge a creusé.

 

Leur peau bizarrement noircie

Dit l'Égypte aux soleils brûlants,

Et les neiges de la Russie

Poudrent encor leurs cheveux blancs.

 

Si leurs mains tremblent, c'est sans doute

Du froid de la Bérésina;

Et s'ils boitent, c'est que la route

Est longue du Caire à Wilna.

 

S'ils sont perclus, c'est qu'à la guerre

Les drapeaux étaient leurs seuls draps;

Et si leur manche ne va guère,

C'est qu'un boulet a pris leur bras.

 

Ne nous moquons pas de ces hommes

Qu'en riant le gamin poursuit;

Ils furent le jour dont nous sommes

Le soir et peut-être la nuit.

 

Quand on oublie, ils se souviennent!

Lancier rouge et grenadier bleu,

Au pied de la colonne, ils viennent

Comme à l'autel de leur seul dieu.

 

Là, fiers de leur longue souffrance,

Reconnaissants des maux subis,

Ils sentent le cœur de la France

Battre sous leurs pauvres habits.

 

Aussi les pleurs trempent le rire

En voyant ce saint carnaval,

Cette mascarade d'empire

Passer comme un matin de bal,

 

Et l'aigle de la grande armée

Dans le ciel qu'emplit son essor,

Du fond d'une gloire enflammée,

Étend sur eux ses ailes d'or!

 

THEOPHILE GAUTIER.

Par Fathia Nasr - Publié dans : Peintures et poèmes célèbres
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Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /2009 22:14

Angsalvor-Nils_Blommer_1850.jpg

Ängsälvor « elfes de la prairie », 1850, peinture de Nils Blommér.

Les elfes

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

Du sentier des bois aux daims familier,

Sur un noir cheval, sort un chevalier.

Son éperon d'or brille en la nuit brune ;

Et, quand il traverse un ravon de lune,

On voit resplendir, d'un reflet changeant,

Sur sa chevelure un casque d'argent.

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

Ils l'entourent tous d'un essaim léger

Qui dans l'air muet semble voltiger.

- Hardi chevalier, par la nuit sereine,

Où vas-tu si tard ? dit la jeune Reine.

De mauvais esprits hantent les forêts

Viens danser plutôt sur les gazons frais.

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

- Non ! ma fiancée aux yeux clairs et doux

M'attend, et demain nous serons époux.

Laissez-moi passer, Elfes des prairies,

Qui foulez en rond les mousses fleuries ;

Ne m'attardez pas loin de mon amour,

Car voici déjà les lueurs du jour.

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

- Reste, chevalier. Je te donnerai

L'opale magique et l'anneau doré,

Et, ce qui vaut mieux que gloire et fortune,

Ma robe filée au clair de la lune.

- Non ! dit-il. - Va donc ! - Et de son doigt blanc

Elle touche au coeur le guerrier tremblant.

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

Et sous l'éperon le noir cheval part.

Il court, il bondit et va sans retard ;

Mais le chevalier frissonne et se penche ;

Il voit sur la route une forme blanche

Qui marche sans bruit et lui tend les bras :

- Elfe, esprit, démon, ne m'arrête pas !

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

Ne m'arrête pas, fantôme odieux !

Je vais épouser ma belle aux doux yeux.

- Ô mon cher époux, la tombe éternelle

Sera notre lit de noce, dit-elle.

Je suis morte ! - Et lui, la voyant ainsi,

D'angoisse et d'amour tombe mort aussi.

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Charles-Marie LECONTE DE LISLE   (1818-1894)
Par Fathia Nasr - Publié dans : Peintures et poèmes célèbres - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /2009 00:27

 

  La Charmeuse de serpents du Douanier Rousseau

Henri Rousseau (1844-1910) était un employé d’octroi. De là vient le nom sous lequel il est connu : le douanier Rousseau.

Il a peint avec une naïveté où se mêlent au jeu de l’imagination, ses souvenirs du Mexique, des paysages de rêve rigides et hallucinants.

La «  CHARMEUSE DE SERPENT, une de ses toiles les plus célèbres, suggère la végétation luxuriante des jardins tropicaux qu’a visités Francis de Croisset, ces jardins « inquiétants, effrayants, avec leurs fleurs agrandies de cauchemar », où vit et où bruit tout un monde d’insectes. C’est la même atmosphère, morne et étrange, créée par le mystère d’un monde inconnu et maléfique qui se dégage de la toile du peintre et de la description que vous lirez dans JARDINS DES TROPIQUES:

JARDINS DES TROPIQUES

 

Francis de Croisset (1877-137) a rapporté d’un voyage dans l’Inde une suite de récits. La Féerie cinghalaise (les Cinghalais sont les habitants de l’île de Ceylan) dont le titre annonce les impressions de l’auteur : la nature étrange de ce pays ne déçoit pas celui qui l’aborde en ayant dans l’esprit les visions des Milles et une Nuits.

 

Jardins inquiétants à l’égal des jungles. Jardins exquis, mais combien effrayants, avec leur féroce douceur. Ils sont sauvages et ratissés et d’une violence hypocrite. Ils ont une grâce de tigre à qui l’on aurait mis des faveurs.

Mais surtout, avec leurs fleurs agrandis de cauchemar et leurs orchestres d’insectes, ils sont quelque chose d’enchanté.

Entrons-y. l’on songe aussitôt à des féeries persanes ou à nos vieux contes de Perrault. Quels nains jardiniers ont, sur ces pourpres allées, semé cette poussière de corail ?

C’est eux qui, à trois mètres au-dessus de nos têtes, ont inventé ces voûtes d’orchidées et soufflé dans chacune d’elles pour la faire grossir comme une cloche. Eux qui ont fait pousser ces camélias à la chimérique, le château ventru de l’Ogre.

Dans l’ombre lumineuse de ces avenues charmées, des colibris font tournoyer des ballets de pierres précieuses. Mais leurs ronde, sans doute est-elle moins joyeuse qu’ensorcelée ? Et si, agitant leurs ailes d’émeraude, ces perruches jacassent et jacassent sur un bosquet de giroflées, c’est qu’elles sont de malheureuses princesses qui essaient de se raconter.

Mais elles ont beau, gonflant leurs petites gorges miroitantes, se plaindre, pépier et crier, dans ces jardins maléfiques, l’on n’écoute jamais les oiseaux ! L’on n’entend que les insectes.

Ils sont là par milliers, par myriades, avec leur jazz diabolique.

Ils font grincer chaque branche et scient chaque tronc. Ils cognent sur des enclumes avec leurs terribles marteaux, et changent le jardin en chantier. Ils partent en pétards sur vos têtes, et vrombissent en toupies sous vos pieds. Ils déchaînent un sabbat de crécelles et fon éclater dans l’air serein des orages de tambours. Ils crépitent, crissent, cornent, cassent, cliquettent, raclent, tapent, clouent, sonnent et tonnent dans un si redoutable vacarme qu’en dépit d’un tympan perforé l’on n’en peut croire ses oreilles. Et ces musiciens ahurissants que l’ont entend partout, on ne les aperçoit nulle part.

 

Par Fathia Nasr - Publié dans : Peintures et poèmes célèbres - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /2009 07:01

La Chanson du MAL-AIMÉ

LEO FERRE

 

Les fleurs de ma vie étaient roses blanches

Je les ai données à tous mes amis

Pour les effeuiller entre quatre planches

J'aurais bien mieux fait d'en fleurir ma vie

J'avais des habits taillés aux nuages

J'avais des cheveux comme des drapeaux

Et flottait au vent ma crinière sage

Lors j'ai tout perdu restait que la peau

 

Je m'en suis allé sous dix pieds d'argile

Coincé nez à nez par un ciel de bois

Et disant mes vers à mes vers dociles

Qui m'auront rimé autrement que moi

 

(La Chanson Triste)
Par Samia Nasr - Publié dans : Peintures et poèmes célèbres - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /2009 09:15

Pablo Picasso Jacqueline avec les fleurs 1954


Guillaume Apollinaire , Alcools (1913)

Les fiançailles

A Picasso

 

Le printemps laisse errer les fiancés parjures

Et laisse feuilloler longtemps les plumes bleues

Que secoue le cyprès où niche l'oiseau bleu

 

Une Madone à l'aube a pris les églantines

Elle viendra demain cueillir les giroflées

Pour mettre aux nids des colombes qu'elle destine

Au pigeon qui ce soir semblait le Paraclet

 

Au petit bois de citronniers s'énamourèrent

D'amour que nous aimons les dernières venues

Les villages lointains sont comme les paupières

Et parmi les citrons leurs coeurs sont suspendus

 Mes amis m'ont enfin avoué leur mépris

Je buvais à pleins verres les étoiles

Un ange a exterminé pendant que je dormais

Les agneaux les pasteurs des tristes bergeries

De faux centurions emportaient le vinaigre

Et les gueux mal blessés par l'épurge dansaient

Étoiles de l'éveil je n'en connais aucune

Les becs de gaz pissaient leur flamme au clair de lune

Des croque-morts avec des bocks tintaient des glas

A la clarté des bougies tombaient vaille que vaille

Des faux cols sur les flots de jupes mal brossées

Des accouchées masquées fêtaient leur relevailles

La ville cette nuit semblait un archipel

Des femmes demandaient l'amour et la dulie

Et sombre sombre fleuve je me rappelle

Les ombres qui passaient n'étaient jamais jolies

 Je n'ai plus même pitié de moi

Et ne puis exprimer mon tourment de silence

Tous les mots que j'avais à dire se sont changés en étoiles

Un Icare tente de s'élever jusqu'à chacun de mes yeux

Et porteur de soleils je brûle au centre de deux nébuleuses

Qu'ai-je fait aux bêtes théologales de l'intelligence

Jadis les morts sont revenus pour m'adorer

Et j'espérais la fin du monde

Mais la mienne arrive en sifflant comme un ouragan

 J'ai eu le courage de regarder en arrière

Les cadavres de mes jours

Marquent ma route et je les pleure

Les uns pourrissent dans les églises italiennes

Ou bien dans de petits bois de citronniers

Qui fleurissent et fructifient

En même temps et en toute saison

D'autres jours ont pleuré avant de mourir dans des tavernes

Où d'ardents bouquets rouaient

Aux yeux d'une mulâtresse qui inventait la poésie

Et les roses de l'électricité s'ouvrent encore

Dans le jardin de ma mémoire

 Pardonnez-moi mon ignorance

Pardonnez-moi de ne plus connaître l'ancien jeu des vers

Je ne sais plus rien et j'aime uniquement

Les fleurs à mes yeux redeviennent des flammes

Je médite divinement

Et je souris des êtres que je n'ai pas créés

Mais si le temps venait où l'ombre enfin solide

Se multipliait en réalisant la diversité formelle de mon amour

J'admirerais mon ouvrage

J'observe le repos du dimanche

Et je loue la paresse

Comment comment réduire

L'infiniment petite science

Que m'imposent mes sens

L'un est pareil aux montagnes au ciel

Aux villes à mon amour

Il ressemble aux saisons

Il vit décapité sa tête est le soleil

Et la lune son cou tranché

Je voudrais éprouver une ardeur infinie

Monstre de mon ouïe tu rugis et tu pleures

Le tonnerre te sert de chevelure

Et tes griffes répètent le chant des oiseaux

Le toucher monstrueux m'a pénétré m'empoisonne

Mes yeux nagent loin de moi

Et les astres intacts sont mes maîtres sans épreuve

La bête des fumées a la tête fleurie

Et le monstre le plus beau

Ayant la saveur du laurier se désole

 A la fin les mensonges ne me font plus peur

C'est la lune qui cuit comme un oeuf sur le plat

Ce collier de gouttes d'eau va parer la noyée

Voici mon bouquet de fleurs de la Passion

Qui offrent tendrement deux couronnes d'épines

Les rues sont mouillées de la pluie de naguère

Des anges diligents travaillent pour moi à la maison

La lunbe et la tristesse disparaîtront pendant

Toute la sainte journée

Toute la sainte journée j'ai marché en chantant

Une dame penchée à sa fenêtre m'a regardé longtemps

M'éloigner en chantant

 Au tournant d'une rue je vis des matelots

Qui dansaient le cou nu au son d'un accordéon

J'ai tout donné au soleil

Tout sauf mon ombre

 

Les dragues les ballots les sirènes mi-mortes

A l'horizon brumeux s'enfonçaient les trois-mâts

Les vents ont expiré couronnés d'anémones

O Vierge signe pur du troisième mois

Templiers flamboyants je brûle parmi vous

Prophétisons ensemble ô grand maître je suis

Le désirable feu qui pour vous se dévoue

Et la girande tourne ô belle ô belle nuit

 

Liens déliés par une libre flamme Ardeur

Que mon souffle éteindra O Morts à quarantaine

Je mire de ma mort la gloire et le malheur

Comme si je visais l'oiseau de la quintaine

 

Incertitude oiseau feint peint quand vous tombiez

Le soleil et l'amour dansaient dans le village

Et tes enfants galants bien ou mal habillés

Ont bâti ce bûcher le nid de mon courage


Par Samia Nasr - Publié dans : Peintures et poèmes célèbres - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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  • : Fathia Nasr
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  • : Femme
  • : Maroc
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  • : J'aime l'art sous toutes ses formes, littérature, peinture, 7ème art, théâtre, sculpture, photographie, les voyages. Je déteste la lâcheté, les faux amis et la bassesse. Mes mots clef sont: "Passion et Amitié".

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La passion des fleurs


La passion des fleurs

Créée le 21/05/09 par samiayann

L’île des fleurs

Sur l’île des fleurs,

Tout éveille nos sens,
Emplit nos têtes de couleurs,
Invitant nos corps à la danse,


Un oasis de fleurs,
De belles corolles épanouies,
Exhalant les senteurs,
Ravissant nos jours et nuits,

Soyez bienvenues mes amis
Dans l’île des belles déesses,
Soyez aimés et bénis
Par les lumineuses intelligences !
 


©Samia Nasr


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