Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /2009 09:15

Pablo Picasso Jacqueline avec les fleurs 1954


Guillaume Apollinaire , Alcools (1913)

Les fiançailles

A Picasso

 

Le printemps laisse errer les fiancés parjures

Et laisse feuilloler longtemps les plumes bleues

Que secoue le cyprès où niche l'oiseau bleu

 

Une Madone à l'aube a pris les églantines

Elle viendra demain cueillir les giroflées

Pour mettre aux nids des colombes qu'elle destine

Au pigeon qui ce soir semblait le Paraclet

 

Au petit bois de citronniers s'énamourèrent

D'amour que nous aimons les dernières venues

Les villages lointains sont comme les paupières

Et parmi les citrons leurs coeurs sont suspendus

 Mes amis m'ont enfin avoué leur mépris

Je buvais à pleins verres les étoiles

Un ange a exterminé pendant que je dormais

Les agneaux les pasteurs des tristes bergeries

De faux centurions emportaient le vinaigre

Et les gueux mal blessés par l'épurge dansaient

Étoiles de l'éveil je n'en connais aucune

Les becs de gaz pissaient leur flamme au clair de lune

Des croque-morts avec des bocks tintaient des glas

A la clarté des bougies tombaient vaille que vaille

Des faux cols sur les flots de jupes mal brossées

Des accouchées masquées fêtaient leur relevailles

La ville cette nuit semblait un archipel

Des femmes demandaient l'amour et la dulie

Et sombre sombre fleuve je me rappelle

Les ombres qui passaient n'étaient jamais jolies

 Je n'ai plus même pitié de moi

Et ne puis exprimer mon tourment de silence

Tous les mots que j'avais à dire se sont changés en étoiles

Un Icare tente de s'élever jusqu'à chacun de mes yeux

Et porteur de soleils je brûle au centre de deux nébuleuses

Qu'ai-je fait aux bêtes théologales de l'intelligence

Jadis les morts sont revenus pour m'adorer

Et j'espérais la fin du monde

Mais la mienne arrive en sifflant comme un ouragan

 J'ai eu le courage de regarder en arrière

Les cadavres de mes jours

Marquent ma route et je les pleure

Les uns pourrissent dans les églises italiennes

Ou bien dans de petits bois de citronniers

Qui fleurissent et fructifient

En même temps et en toute saison

D'autres jours ont pleuré avant de mourir dans des tavernes

Où d'ardents bouquets rouaient

Aux yeux d'une mulâtresse qui inventait la poésie

Et les roses de l'électricité s'ouvrent encore

Dans le jardin de ma mémoire

 Pardonnez-moi mon ignorance

Pardonnez-moi de ne plus connaître l'ancien jeu des vers

Je ne sais plus rien et j'aime uniquement

Les fleurs à mes yeux redeviennent des flammes

Je médite divinement

Et je souris des êtres que je n'ai pas créés

Mais si le temps venait où l'ombre enfin solide

Se multipliait en réalisant la diversité formelle de mon amour

J'admirerais mon ouvrage

J'observe le repos du dimanche

Et je loue la paresse

Comment comment réduire

L'infiniment petite science

Que m'imposent mes sens

L'un est pareil aux montagnes au ciel

Aux villes à mon amour

Il ressemble aux saisons

Il vit décapité sa tête est le soleil

Et la lune son cou tranché

Je voudrais éprouver une ardeur infinie

Monstre de mon ouïe tu rugis et tu pleures

Le tonnerre te sert de chevelure

Et tes griffes répètent le chant des oiseaux

Le toucher monstrueux m'a pénétré m'empoisonne

Mes yeux nagent loin de moi

Et les astres intacts sont mes maîtres sans épreuve

La bête des fumées a la tête fleurie

Et le monstre le plus beau

Ayant la saveur du laurier se désole

 A la fin les mensonges ne me font plus peur

C'est la lune qui cuit comme un oeuf sur le plat

Ce collier de gouttes d'eau va parer la noyée

Voici mon bouquet de fleurs de la Passion

Qui offrent tendrement deux couronnes d'épines

Les rues sont mouillées de la pluie de naguère

Des anges diligents travaillent pour moi à la maison

La lunbe et la tristesse disparaîtront pendant

Toute la sainte journée

Toute la sainte journée j'ai marché en chantant

Une dame penchée à sa fenêtre m'a regardé longtemps

M'éloigner en chantant

 Au tournant d'une rue je vis des matelots

Qui dansaient le cou nu au son d'un accordéon

J'ai tout donné au soleil

Tout sauf mon ombre

 

Les dragues les ballots les sirènes mi-mortes

A l'horizon brumeux s'enfonçaient les trois-mâts

Les vents ont expiré couronnés d'anémones

O Vierge signe pur du troisième mois

Templiers flamboyants je brûle parmi vous

Prophétisons ensemble ô grand maître je suis

Le désirable feu qui pour vous se dévoue

Et la girande tourne ô belle ô belle nuit

 

Liens déliés par une libre flamme Ardeur

Que mon souffle éteindra O Morts à quarantaine

Je mire de ma mort la gloire et le malheur

Comme si je visais l'oiseau de la quintaine

 

Incertitude oiseau feint peint quand vous tombiez

Le soleil et l'amour dansaient dans le village

Et tes enfants galants bien ou mal habillés

Ont bâti ce bûcher le nid de mon courage


Par Samia Nasr - Publié dans : Peintures et poèmes célèbres - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Commentaires

Bonsoir Samia...
Merci pour ce texte de Guillaume Apollinaire;j'aime bien ce poète qui a vécu dans une époque assez tourmentée mais qui avait une belle vision de ce monde...
bonne soirée
gros pious
Yann
Commentaire n°1 posté par YannBBlues le 12/05/2009 à 22h25

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La passion des fleurs


La passion des fleurs

Créée le 21/05/09 par samiayann

L’île des fleurs

Sur l’île des fleurs,

Tout éveille nos sens,
Emplit nos têtes de couleurs,
Invitant nos corps à la danse,


Un oasis de fleurs,
De belles corolles épanouies,
Exhalant les senteurs,
Ravissant nos jours et nuits,

Soyez bienvenues mes amis
Dans l’île des belles déesses,
Soyez aimés et bénis
Par les lumineuses intelligences !
 


©Samia Nasr


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